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 Retours de Prisonniers Allemands

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Briceño
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MessageSujet: Retours de Prisonniers Allemands    Mer 21 Déc 2016, 11:40

- Heimkehr, les retours des prisonniers de guerre allemands, de 1945 à 1956
Rüdiger Overmans


À prendre les choses avec exactitude, les premiers Allemands ne sont pas rentrés en 1945, mais déjà au cours de la guerre : d'abord, ce sont les Allemands capturés par les Français entre septembre 1939 et mai 1940, pendant la drôle de guerre, qui ont été libérés après l'armistice de juin 1940. Un deuxième groupe d'Allemands est rentré avant la fin de la guerre, les participants à l'échange de prisonniers. Un premier transfert de 875 Français contre 400 Allemands a eu lieu le 1er novembre 1944. Puis en avril 1945, 300 femmes françaises furent échangées contre 400 Allemandes. L'échange des blessés, projeté ensuite, a été rendu caduc par la survenue de la fin de la guerre. Cependant, ne perdons pas de vue qu'il s'agit là de cas individuels, quantitativement sans signification par rapport au grand nombre de ceux qui sont rentrés après. Les « vrais » prisonniers de guerre allemands étaient ceux qui tombaient aux mains des Français depuis 1944. Mais il ne faut pas restreindre le thème au seul retour de France des soldats allemands. Étant donné que le sujet concerne l'ensemble des champs de bataille, à travers l'Europe de l'Ouest, de l'Est et du Sud, il est donc approprié de décrire « les retours », non seulement ceux de France, mais également ceux provenant des autres États.

Comparaison des conditions de captivité des Français et des Allemands



D'abord il paraît judicieux de souligner une différence fondamentale dans le destin des prisonniers français et allemands. Les Français ont été capturés au début de la guerre. Pour eux, ce fut une expérience amère : personne, même pas les Allemands, ne s'était attendu à une défaite telle que celle qu'ont vécue les Français en 1940. Mais plus la guerre durait longtemps, plus les Français pouvaient être sûrs de la victoire. Quand ils rentrèrent chez eux, ils faisaient partie des vainqueurs.

Pour les Allemands, le processus fut inverse : la très grande masse des prisonniers de guerre allemands fut seulement capturée dans la dernière année de la guerre, et même plutôt à la fin de la guerre. Déjà lors de la capture, les perspectives de victoire allemande étaient mauvaises, et plus la captivité durait, plus il devenait évident que l'Allemagne avait, pour la deuxième fois, perdu la guerre. Cela était d'autant plus déprimant que beaucoup d'Allemands avaient vu dans la Seconde Guerre mondiale la possibilité de racheter la défaite de la première.

De plus, selon la conception commune du droit international, la nécessité de la captivité de guerre réside dans le fait d'écarter les prisonniers de toute participation aux combats. Même si les Allemands avaient entendu leur ministre de la propagande, Joseph Goebbels, leur dire que les Alliés envisageaient de diviser l'Allemagne et de réduire son peuple en esclavage, ils espéraient néanmoins pouvoir rentrer chez eux à la fin de la guerre. Ils ne savaient pas que, depuis longtemps, les Alliés avaient décidé de les contraindre au travail forcé réparatoire et ceci pendant des années. Quand ils le comprirent, durant l'été et l'automne 1945, ils touchèrent le fond du désespoir.

Un tel désespoir absolu fut atteint par les Français en 1940, au début de la guerre. Mais les Allemands ne connurent un semblable sentiment qu'en 1945 seulement, à la fin de la guerre qui marque le début de leur captivité. Ainsi les Français purent envisager une fin plus heureuse à leur captivité que les Allemands.

Fin de captivité



Tous les soldats allemands n'avaient pas été capturés par les soldats alliés. Souvent vers la fin de la guerre, des unités s'étaient dissoutes ou des soldats avaient déserté. Certes, les fils de paysans savaient que leur entretien était assuré à la ferme. Mais la majorité des soldats aurait besoin de « papiers propres », et par conséquent d'une libération officielle, pour obtenir chez eux des cartes de ravitaillement et une autorisation de travail. Sans ces papiers l'existence était impossible, particulièrement en ville. Aussi, beaucoup se rendirent volontairement dans les camps de prisonniers, dans l'espoir d'être libérés quelques jours plus tard avec des papiers de démobilisation en bonne et due forme. Mais seuls furent en fait libérés ceux qui représentaient une charge pour la puissance qui les détenait : les tout jeunes Hitlerjungen2, envoyés à la guerre à l'âge de 14-16 ans, et les membres du Volkssturm3, âgés de 60-70 ans, les femmes ainsi que les blessés graves et les grands invalides. Une exception fut faite pour les membres des professions nécessaires à l'entretien de base des zones occupées en Allemagne, c'est-à-dire surtout des paysans, des mineurs mais aussi des cheminots. En automne 1945, cette première phase du rapatriement était terminée.

Jusque-là, les autres prisonniers de guerre allemands avaient été transportés depuis les régions où ils avaient été capturés jusqu'à leurs lieux de travail. La plupart des gouvernements qui avaient obtenu des prisonniers de guerre allemands comme forces de travail avaient projeté d'abord de les utiliser pour une période indéterminée. Cette idée fut mise à mal par un développement qui avait débuté en 1944 : les prisonniers de guerre allemands aux États-Unis, déjà pendant la guerre, avaient été considérés comme de fâcheux concurrents par les syndicats. Dans la mesure où, après la fin de la guerre, les GIs furent rapatriés et rendus à la vie civile, les syndicats renforcèrent leur exigence d'un rapatriement des prisonniers de guerre. C'est ainsi que, une année seulement après la fin de la guerre, la fin de leur captivité était souhaitée par l'opinion publique américaine. Aussi, à la fin 1946, les États-Unis demandèrent la libération de tous les prisonniers de guerre pour le 1er octobre 1947 : finalement un accord fut conclu pour terminer le rapatriement pour la fin de l'année 1948. Les Alliés de l'Ouest s'en tinrent à cette décision. L'Union soviétique, la Pologne et la Yougoslavie suivirent fin 1949. Cependant, l'URSS retint environ 30 000 prisonniers de guerre, en tant qu'otages, au-delà de cette échéance.

Mais que pouvait donc faire un prisonnier de guerre allemand pour être rapatrié le plus vite possible ? Il y avait plusieurs possibilités. Une des préférées était l'évasion. Sur le million de prisonniers de guerre allemands en France, près de dix pour cent ont terminé prématurément leur séjour par l'évasion. Une deuxième possibilité consistait à modifier sa propre nationalité ou son appartenance professionnelle, de manière à être renvoyé plus tôt à la maison. Ainsi en France, les différentes nationalités furent libérées à des époques différentes. C'est pourquoi il était par exemple intéressant pour un Allemand sudète de se dire tchèque, quoiqu'ayant servi dans la Wehrmacht. De même, ceux qui appartenaient à des métiers de première nécessité furent libérés préférentiellement, par exemple les paysans. Un soldat falsifia sa profession d'« écolier », portée sur son livret militaire, en « écolier en agriculture » et obtint ainsi sa libération.

L'autre possibilité de libération consistait, pour un prisonnier, à accepter une proposition de la puissance qui le détenait : dans le cas de la France, c'était l'engagement dans la Légion étrangère. D'après une récente enquête allemande, environ 5 000 Allemands ont choisi cette voie : beaucoup moins que ce que pensait l'opinion publique allemande.

Autre possibilité, celle d'être volontaire pour le déminage. Pendant un temps, on embaucha pour ce travail, avec une promesse de libération au bout d'un certain temps. Beaucoup moururent pendant le déminage, en raison d'un équipement insuffisant ; mais les prisonniers démineurs ne furent pas rapatriés avant terme.

Une autre possibilité était de signer un contrat d'embauche comme « travailleur libre » pour, au moins, une année en France. Proposition séduisante en apparence car, à la fois, elle libérait de la condition de captif et commençait par l'octroi d'un congé dans la Patrie. Seule une minorité de prisonniers allemands, environ 15 %, crut aux promesses de l'État français et opta pour le statut de « travailleur libre ». Mais sur ce nombre, 10 % ne rentrèrent pas en France, après leur congé.

Expériences de captivité



La captivité est associée aux privations et au sentiment d'avoir perdu des années de vie. Cependant cette vérité incontestable est à nuancer. La nourriture souvent mauvaise, l'étroitesse des camps qui n'autorisait aucune sphère privée et l'incertitude vis-à-vis du destin créaient des conditions que beaucoup de détenus estimaient plus dures que le combat. De telles circonstances font tomber le vernis et révèlent le vrai caractère d'un homme. On a vécu des cas de total désintéressement, mais aussi toutes les défaillances humaines. C'est pourquoi, beaucoup de prisonniers avaient l'impression que la captivité avait aiguisé leur conscience, leur faculté d'estimer réellement les autres. Et les amitiés, nées en captivité, ont tenu toute une vie.

Cela peut sonner comme une hérésie, mais, au-delà de toute la souffrance que la guerre avait infligée aux participants, elle a également permis de vivre des expériences qui seraient, sinon, restées impossibles. Il faut avoir à l'esprit que, jusque dans les années 1930, il était inimaginable pour l'appelé allemand ordinaire de « partir en vacances ». La plupart des hommes ne sortaient jamais, durant leur existence, de leur région natale. Il n'était pas nécessaire de parler une autre langue parce qu'on avait très peu de contact avec des étrangers. Cela changea fondamentalement avec la Seconde Guerre mondiale. Il y eut des soldats allemands qui marchèrent d'abord de la frontière allemande pour pénétrer profondément en Pologne, puis de l'Allemagne jusqu'au centre de la France et qui, enfin, firent un aller-retour jusqu'au Caucase. D'autres sont partis d'Allemagne pour traverser l'Italie et être transportés en bateau en Afrique du Nord. Après la capitulation de l'Afrikakorps, beaucoup d'entre eux furent transférés aux États Unis. C'est à peine si, avant cela, l'un d'entre eux avait jamais été en Italie ; aucun n'avait jamais appris à connaître la côte africaine, aucun n'était jamais entré dans le port de New York, en passant devant la statue de la liberté. On pourrait citer beaucoup d'exemples de la sorte. Tous se ramènent à ce fait : en raison de leur service militaire et de la captivité, les prisonniers ont involontairement vécu un considérable élargissement de leur horizon expérimental.

Un troisième aspect important est l'expérience de sociétés étrangères. D'abord, les prisonniers de guerre étaient enfermés dans des camps où, encadrés par la police allemande du camp, ils étaient gardés par les Alliés. Dans cette mesure, il n'y avait pas de contact authentique avec la société étrangère. Cette situation changea avec le travail obligatoire. Cela compte moins pour ceux qui furent mis en service dans de gros kommandos de travail. Mais même eux avaient maintenant un contact avec des non-prisonniers pendant le travail, marchaient à travers des agglomérations civiles pour rejoindre leurs lieux de travail. Les contacts étaient évidemment multipliés et quotidiens pour les nombreux Allemands qui servaient individuellement ou en petits groupes, chez des paysans, des artisans, dans de petites entreprises, ou d'autres employeurs. Naturellement il régnait d'abord un climat d'inimitié, comme il est compréhensible après une telle guerre. Mais un homme normal ne peut cependant pas travailler avec un autre, pendant un certain temps, sans finalement le reconnaître comme homme. Bien sûr, il y eut des patrons français, qui maltraitèrent leurs prisonniers allemands ; mais, dans la plupart des cas, se développa une autre attitude. Elle tint en première ligne à la façon dont le prisonnier de guerre allemand travaillait et s'insérait dans la vie locale. Des amitiés durables pouvaient ainsi naître, mais le contraire pouvait également exister. L'auteur de cette communication est issu d'une famille d'agriculteurs. Dans la ferme de ses grands-parents vivait un prisonnier de guerre français, Jean-Paul, qui remplaçait les fils, enrôlés dans la Wehrmacht. Quand le père de l'auteur revint prématurément comme invalide, il se lia d'amitié avec ce Jean-Paul. Quand plus tard la grand-mère mourut, Jean-Paul vint depuis la France pour assister à son enterrement, puis il fit dire, chez lui, une messe pour elle.

C'est une tout autre expérience que firent les Allemands mis en captivité en Union soviétique. Là, il y eut d'abord un groupe qui n'arriva jamais à se défaire de l'image de l'ennemi, forgée par le national-socialisme. Confortés par le grand nombre de morts dans les camps soviétiques, ils rentrèrent en Allemagne avec la conscience que le système soviétique ainsi que les hommes composant cette société étaient l'incarnation du mal. D'autres apprirent à différencier. Ils s'aperçurent très vite que le système soviétique était inefficace. Ils remarquèrent que les civils soviétiques n'avaient pas un meilleur sort que les prisonniers de guerre allemands. Ils apprirent aussi que l'image du sous-homme soviétique, fabriquée par la propagande nationale-socialiste, ne correspondait pas à la réalité, mais que les habitants de l'Union soviétique étaient des hommes comme eux. Pour presque tous les rapatriés d'Union soviétique (plus de 90 %), une chose était, en tout cas, claire : ils rejetaient le modèle social soviétique comme inefficace. Quand on pense que le Parti communiste allemand était, avant 1933, le plus puissant après celui de l'URSS, alors se manifeste ici un complet retournement de l'opinion. L'Union soviétique a réussi à transformer les prisonniers de guerre allemands en des anti-communistes si viscéraux que rien ni personne d'autre n'aurait pu obtenir un tel résultat aussi bien.

Cet exposé ne doit cependant pas donner l'impression que la captivité de guerre a été un séjour culturel faisant lien entre les peuples, un peu comme ces voyages de formation qu'entreprenaient les fils de famille riches au xixe siècle, avant d'entrer dans la vie professionnelle. Certains prisonniers de guerre, avant tout ceux restés en URSS après 1950, ont passé 5 à 10 années dans un environnement militaire, dans une captivité déterminée par des règles militaires. Avant, ils avaient fait partie de la Hitlerjugend13 et, plus tard, du Reichsarbeitsdienst14. Beaucoup n'avaient jamais vécu une vie civile, au sens d'aujourd'hui. Beaucoup de ceux-ci eurent des problèmes pour s'habituer à la société civile allemande d'après-guerre. En particulier, ceux qui avaient vécu à l'Est des conditions de vie très dures avaient également appris d'autres règles morales. Tout ce qui assurait la survie passait pour permis, dans la mesure où cela ne nuisait pas à celle d'un camarade. Par contre, le vol de biens de l'État passait pour légitime, voire pour un acte de résistance louable. Dans la vie civile, bien sûr, de telles règles n'étaient cependant pas utilisables.

Expériences dans la Patrie


On arrive ici à un point central. D'une part il y a les expériences que les prisonniers de guerre rassemblaient dans leurs pays de détention, et d'autre part il y a les conditions qu'ils trouvèrent lors de leur retour à la maison. Il faut d'abord penser à la chronologie : le retour s'est étiré de 1945 à 1956, soit sur plus de dix ans. Par ailleurs, il y avait une autre différence essentielle selon que l'on retournait vers l'Allemagne en revenant de l'Ouest ou de l'Est.

Les premiers à revenir, arrivant en Allemagne de l'Ouest, rencontrèrent une société qui elle-même manquait de tout. S'ils étaient malades ou blessés, ils ne pouvaient pas s'attendre à recevoir beaucoup d'aide. En même temps, il s'agissait cependant surtout de groupes, formés de personnes dont la plupart n'avaient pas été soldats très longtemps parce qu'ils étaient très jeunes ou trop vieux. Ils s'intégrèrent à nouveau à la société de manière relativement discrète. Il en alla différemment, avec les prisonniers de guerre « normaux ». Dans la mesure où ils avaient terminé leur formation professionnelle, avant leur appel sous les drapeaux, ils pouvaient souvent même revenir travailler chez celui qui les avait employés avant la guerre. Il en alla moins bien avec les hommes qui furent appelés dans la Wehrmacht à la fin de leurs études, à 18 ou 20 ans, et qui — après des années de service militaire, voire de captivité — rentraient chez eux et voulaient terminer leur formation. Ils durent apprendre que ceux qui avaient grandi entre-temps occupaient les places d'apprentissage et n'étaient pas disposés à faire de la place aux anciens. Souvent manquaient les moyens financiers. Des parents qui avaient pu financer, avant guerre, une formation adéquate à leurs enfants étaient morts entre-temps ou, pour le moins, leurs possibilités financières étaient considérablement plus limitées qu'avant la guerre. C'est pourquoi beaucoup durent faire l'expérience frustrante que la société ne les avait pas attendus. C'est ainsi que nombre d'entre eux ont dû se déclarer satisfaits, avec moins que ce qu'ils avaient pu espérer atteindre avant la guerre.

La situation des rapatriés dans l'ancienne Allemagne de l'Est se posait en principe autrement. Ceci compte moins pour les rapatriés du début que pour les rapatriés réguliers. À l'Ouest, le service militaire dans la Wehrmacht et la captivité étaient estimés comme une composante essentielle de la biographie personnelle, acceptée de tous côtés et liée à des privilèges, par exemple pour le calcul des rentes, c'est-à-dire des pensions. Par contre, dans la République démocratique d'Allemagne il était mal vu d'avoir servi le fascisme hitlérien. Aussi il ne résultait aucun privilège du fait de la captivité. Au contraire, il était opportunément conseillé de passer cet état de fait sous silence. Avoir été en captivité à l'Ouest, et y avoir appris éventuellement la langue de l'ennemi de classe, se montra spécialement préjudiciable. De tels rapatriés furent tenus pour spécialement suspects. Je connais des gens qui ont été, à cause de cela, discriminés pendant toute leur vie professionnelle.

Les rapatriés tardifs


Pour terminer, il faut mettre l'accent sur un groupe de prisonniers de guerre dont le destin particulier est symptomatique de la transformation du sens politique qu'a subie le phénomène « captivité en temps de guerre » dans la société allemande.

À la fin de l'année 1949, tous les prisonniers de guerre allemands avaient été libérés par tous les pays, à l'exception d'un groupe en URSS. Au cours des années 1948 et 1949, l'Union soviétique avait décidé de condamner des prisonniers de guerre à des peines de longue durée. Certains avaient volé une boîte de conserve dans le dépôt, d'autres furent condamnés pour des crimes auxquels ils n'avaient pas pu, dans les faits, prendre part. Dans d'autres cas, il s'agissait réellement de criminels de guerre. Il ne s'agissait, en aucune façon, seulement d'Allemands ; il y avait là des éléments de toutes les nationalités détenues par les Soviétiques. Aujourd'hui, nous savons qu'ils n'ont pas été condamnés, en fait, pour avoir commis des crimes, mais parce que Staline en avait besoin, comme otages politiques.

Quand la société allemande apprit que tous les prisonniers de guerre vivant en captivité en Union soviétique n'avaient pas été libérés mais que l'URSS avait retenu environ 15 000 d'entre eux, il se leva un vent de scandale. Il faut se rappeler que ceci fut une des phases les plus brûlantes de la guerre froide. Qu'est-ce qui pouvait mieux signifier l'inhumanité du système soviétique que le fait que, même cinq années après la fin de la guerre, l'URSS brise encore sa promesse de libérer les prisonniers de guerre ? Ceci mobilisa la société ouest-allemande dans une mesure telle que nous ne pouvons plus nous le représenter aujourd'hui. Il y eut des timbres commémoratifs pour les prisonniers de guerre, des semaines commémoratives, des expositions commémoratives et ainsi de suite. Les prisonniers de guerre devinrent des héros, des martyrs de la guerre froide. Aussi quand, en 1955, l'Union soviétique proposa à l'Allemagne de reprendre des relations diplomatiques, c'était une affaire entendue, pour la société de la République fédérale, que cela ne pourrait avoir lieu qu'après la remise en liberté des prisonniers. Cette condition était déjà connue par l'Union soviétique quand elle fit sa proposition de reprise des relations diplomatiques. Malgré cela, lors des négociations elle resta d'abord très réticente, pour finalement accepter quand même le rapatriement. Du point de vue de la population d'Allemagne de l'Ouest, cependant, cette opération diplomatique d'échange, qui allait finalement de soi, fut considérée comme la plus grande victoire, la plus considérable performance d'Adenauer, au cours de ses fonctions de chancelier. « Il lui en avait remontré, à l'Union Soviétique !.

La République démocratique d'Allemagne se comporta tout à fait différemment. Déjà, en 1953, lors du rapatriement de la première moitié des prisonniers « en retard », elle avait dû constater que les rapatriés étaient des anti-communistes décidés. Des Allemands avaient vécu entre 5 et 10 ans dans la patrie du communisme. D'après les conceptions communistes, ils auraient dû rentrer à la maison, transformés en ardents communistes. On aurait dû pouvoir les employer comme propagandistes. Au lieu de cela, ils s'avérèrent comme des personnes ayant le communisme en haine et auxquelles il ne fallait donner aucune opportunité pour apparaître sur la scène publique. À partir de cette expérience négative, le gouvernement de la République démocratique d'Allemagne alla même, en 1955, jusqu'à déconseiller à l'URSS de rapatrier les derniers prisonniers de guerre allemands. Il lui aurait semblé juste qu'ils ne rentrent plus du tout à la maison.

Conclusion


11 millions d'Allemands ont passé une plus ou moins longue période en captivité de guerre, soit à peu près 15 % de la population allemande. Ce temps passé a très profondément marqué les prisonniers de guerre. Même aujourd'hui, 60 ans après la fin de la guerre, quand des prêtres ou des psychologues parlent avec d'anciens soldats, et donc avec d'anciens prisonniers de guerre, la parole revient très vite sur les événements et expériences d'alors. Malheureusement, à ce jour, dans la République fédérale, les recherches qui mettraient en lumière les conséquences sociales des expériences de captivité sont insuffisantes. Mais cela n'est pas différent en France. Il reste à souhaiter qu'ici s'éveillent des efforts nouveaux, avant que la recherche ne soit rendue plus difficile par la disparition de nos générations.

CI-DESSOUS 3 COURTES VIDÉOS SUR LE RETOUR DES SOLDATS ALLEMANDS  (en Anglais)

https://www.youtube.com/watch?v=jAw3kt3BdrQ

https://www.youtube.com/watch?v=1FdULj8_FkA

https://www.youtube.com/watch?v=3tzJJt4-TSU
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MessageSujet: Re: Retours de Prisonniers Allemands    Jeu 22 Déc 2016, 09:52

Super ce topo!
A noter que le retour des Français de la captivité n'était quand même pas tout rose, contrairement à ce qui est écrit les gars revenaient en vaincus et les vainqueurs c'était ceux de 43/44.
Les femmes avait du se "débrouiller" pour faire bouillir la marmite par leurs propres moyens (pas toujours avouables mais nécessité fait loi) et pour assurer la sécurité de leur famille ce qui de toute façon était une remise en cause du rapport homme/femme d'alors.
Il n'est pas rare qu'à son retour, le prisonnier découvre qu'il a été remplacé, ou qu'il y'avait un nouvel enfant dans le ménage etc...
Ceci dit des pb du même ordre se sont posés partout ou les hommes étaient absents, parfois même quand ils étaient encore présents mais sous les drapeaux comme en Grande Bretagne ou à partir de 1944, des jeunes yankee sont venus par milliers pour attendre le débarquement.
Sur le territoire du Reich, les prisonniers, les STO etc avaient eu aussi des rapports avec les femmes allemandes esseulées.

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